Qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit de laisser l’enfant libre de ses mouvements afin d’explorer l’environnement, son corps, et de se développer sereinement. Cette approche provient du docteur Emmi Pikler, dans les années 1960, fondée sur la conviction que l’enfant sait se développer seul, sans l’intervention de l’adulte.
« Les animaux apprennent seuls à se mouvoir ; le bébé humain, c’est la même chose. » Le développement moteur est naturel du moment que les besoins affectifs du bébé sont comblés. La clé, c’est d’être dans l’affectif et l’interaction.
À l’Institut Loczy, Pikler a observé que les enfants laissés libres de leurs mouvements se développent naturellement, tout en développant un sentiment de confiance en soi, d’estime de soi et de persévérance.
Autres avantages de cette pratique
- Manipulations variées (pieds de chaises, portes…)
- Relation parentale : s’il peut se déplacer, il peut rejoindre ses parents qui partent
- Bouger avec ses bras : meilleure protection en cas de chute et meilleure coordination
- Plus le bébé bouge, plus il va avoir envie de bouger (prévention de la tête plate)
La motricité libre, c’est le bébé qui fait ses propres expériences. L’observer, le regarder, pour intervenir au moment où il y a besoin.
Position et développement
On ne met pas l’enfant dans une position qu’il n’est pas capable de prendre seul, car si l’on met l’enfant dans une position, on brûle des étapes et on ralentit le développement. Cela peut créer plusieurs problèmes : un enfant qui reste bloqué en position assise, qui se déplace en glissant sur les fesses, un bébé qui ne veut pas lâcher la main pour marcher, ou un enfant qui marche mais ne sait ni se protéger ni se relever.
Seule exception : la position non acquise où l’on peut mettre l’enfant est le plat ventre, dès le plus jeune âge, car cela est confortable pour le bébé et tonifie le dos et la tête (indispensable pour la position assise). Il est important de laisser l’enfant acquérir les étapes une par une : s’il ne se retourne pas sur le ventre, il ne se muscle pas la tête en position ventrale et ne tiendra donc pas assis.
Autonomie et marche
Dans notre société, la marche est souvent associée à tort à l’autonomie. Le bébé est en fait autonome dès le début de sa vie. Il va découvrir l’espace dans un premier temps au ras du sol, puis lorsqu’il se mettra debout, il le connaîtra déjà. Toutes les expériences qu’il fait au ras du sol le préparent à se protéger des expériences qu’il fera une fois en position debout.
Les trotteurs, des équipements déconseillés
Les trotteurs type youpala sont déconseillés : l’enfant bat des jambes pour avancer, ce qui crée une hypertonie des membres inférieurs et pas d’alternance des appuis.
- Source d’accidents
- Rend le bébé dépendant
- N’apprend pas à se protéger
- Risque de déformation des pieds, de marche sur la pointe des pieds
- Mauvaise appréhension de l’espace
- C’est un mode de développement passif
Pousseur et porteur, des équipements recommandés
À contrario, le pousseur et le porteur sont des modes de déplacement actifs. L’enfant s’appuie sur quelque chose de peu stable, donc travaille son équilibre, puis pourra le pousser lorsqu’il se mettra debout.
La meilleure façon d’apprendre à marcher reste naturelle : escalader (grimper sur une hauteur et redescendre), enjamber, et surtout les escaliers — sous surveillance.
De la naissance aux premiers pas
Le cheminement jusqu’à la marche est constitué d’étapes :
- Plateau : se retourne du dos sur le ventre
- Reste sur le ventre
- Glisse (toupie)
- Rampe
- S’installe à 4 pattes
- Marche à 4 pattes
- Se met debout
- Marche sécurisée et autonome (âge très variable !)
Le bébé n’a pas besoin d’être assis pour pouvoir marcher : il s’agit d’une position immobile. Faire marcher un bébé peut créer une dépendance (il cherche toujours les mains de l’adulte). De plus, s’il est accroché aux mains de l’adulte, l’enfant est dans l’impossibilité de se protéger en cas de chute.
Une analogie avec les fondations d’une maison
Nous pouvons comparer le développement moteur de l’enfant aux fondations d’une maison : les « fondations » correspondent à la prise de conscience du corps, les « murs » à la découverte de l’espace, le « toit » à la découverte de la verticalité. Donner les mains à l’enfant pour le faire marcher serait comme mettre le toit d’une maison alors que l’on n’a pas encore mis les murs et les fondations.
Le bain libre, un concept dérivé
Un concept qui découle de la motricité libre est le bain libre : l’eau jusqu’aux oreilles, bébé directement dans la baignoire sans bouée ni autre accessoire. Il a la liberté de bouger dans la baignoire, ce qui lui permet de découvrir son corps librement et de continuer d’acquérir les positions qu’il est en train d’apprendre.
Le matériel nécessaire à la motricité libre
- Tapis ferme (pas de tapis d’éveil avec une arche qui le bloque en position dorsale)
- Des vêtements qui permettent la liberté de mouvement
- Des chaussures uniquement pour protéger le pied du bébé, donc jamais à l’intérieur : chaussons les plus souples possibles, ou pieds nus
L’enfant est programmé pour apprendre à marcher pieds nus, car en sentant le sol, cela permet de muscler le pied et de construire la voûte plantaire. Plus la chaussure est souple, plus il ressent les appuis au sol, travaille sa stabilité et muscle sa voûte plantaire. Et c’est tout ! La société de consommation nous fait acheter beaucoup d’accessoires inutiles…
En conclusion
Laisser le bébé bouger, c’est le porter vers son autonomie.